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Le père GUILBERT, un héros de 39-40

Mémoire

Le Père Gérard Guilbert, mobilisé fin août 1939 au 99e R.I.A., était une des figures les plus populaires de la 28e Division d’infanterie alpine. Homme de foi et homme de guerre, il avait délibérément choisi de croire et de servir.

Mort au combat dans la nuit du 8 au 9 juin 1940 à Chassemy, au sud de Vailly-sur-Aisne, il fait partie de ces hommes d’exception disparus trop tôt et dont l’histoire mérite d’être connue.

Père Blanc

Né en 1912 à Arques (Pas-de-Calais), il entre au séminaire en octobre 1930. Dans le même temps il s’inscrit aux cours de préparation militaire supérieure, estimant qu’il ne doit rien négliger de ce qui peut accroître en lui la valeur de l’homme. Reçu à l’examen de la P.M.S., l’élève officier devance l’appel, rejoint le 110e R.I. à Dunkerque et de là, l’Ecole militaire de Saint-Cyr.

Nommé sous-lieutenant de réserve en février 1933, il est affecté au 1er R.I. à Cambrai.

Libéré de ses obligations militaires le 6 octobre suivant, le séminariste entre aussitôt au Noviciat de Sainte-Marie des Pères Blancs à Maison-Carrée (Algérie), convaincu que sa vocation était de servir dans la Société des Missionnaires d’Afrique. Sa formation va le conduire au Scolasticat de Sainte-Croix, à Thibar [1] en Tunisie (entre Teboursouk et la frontière algérienne), puis à Saint-Louis de Carthage. Ordonné prêtre en juin 1937, il est désigné pour suivre des cours de mathématiques à l’université de Lyon, en vue de la licence ès-sciences. Un an plus tard, il enseigne à l’école apostolique des Pères Blancs de Tournus (Saône-et-Loire).

Affecté au 99e R.I.A.

Le lieutenant de réserve Guilbert fait partie de la trentaine d’hommes d’Eglise qui revêtent l’uniforme du 99e R.I.A. à la mobilisation Commandé par le colonel Albert Lacaze, le régiment de Lyon, héritier du Royal Deux-Ponts, prend position début septembre en Maurienne.

Le lieutenant Guilbert, chef de section à la 3e compagnie, est pleinement satisfait de ses premiers contacts :" La compagnie est dite Joyeuse : le moral est bon. Le capitaine Bardot [2]est épatant ; militaire dans l’âme, à cheval sur les points essentiels, oublieux des détails. Les officiers font bloc."

Commence alors une période de deux mois au cours de laquelle le jeune officier découvre la montagne et s’aguerrit physiquement. Le 12 novembre le régiment quitte la Savoie pour prendre position en Alsace, au nord de Lembach, en alternance avec la 25e demi-brigade (7e, 27e et 47e B.C.A.). Sur les ondes de Radio Stuttgart, le "traître Ferdonnet" salue l’arrivée du 9-9 en Alsace...

A la tête d’un corps franc 

Chaque bataillon devant mettre sur pied un corps franc composé d’un officier et d’une vingtaine de volontaires, voici comment le Père Guilbert a relaté sa désignation à son directeur de conscience : "Sans que je fasse quoi que ce soit, la Providence m’a conduit jusqu’à cette frontière où l’on se bat un peu. Mais j’ai forcé un peu cette main providentielle, et là, je crains une critique de votre part. J’ai cependant des circonstances atténuantes. Une note a paru, il y a dix jours, demandant un officier volontaire par compagnie pour commander le corps franc du bataillon. Des trois lieutenants de la "3", l’un commandait la compagnie en remplacement du capitaine Bardot, évacué pour blessure à la jambe, les deux autres ne disaient rien parce que mariés et pères de famille. Un seul nom restait à écrire : le mien. Par amour-propre, je n’ai pas voulu écrire face à mon nom : désigné d’office". En conséquence de quoi, le bataillon m’a désigné pour commander ce groupe... [...] Si j’ai accepté ce commandement, ce n’est pas par fierté et fol orgueil, c’est pour mes camarades et le bataillon, que je crois pouvoir aider dans sa tâche par les renseignements obtenus."

Le 10 décembre, le régiment relève le 27e B.C.A. dans le quartier du Maimont, un promontoire, altitude 513 m, déjà occupé par les Celtes au IVe siècle avant JC, face à l’Allemagne toute proche. Les trois bataillons se positionnent sur la ligne de résistance qui va de Niederbronn à Wingen en s’appuyant sur les ouvrages fortifiés de la ligne Maginot.

Au-delà du ruisseau du Steinbach, c’est le no man’s land, occupé par de rares avant-postes, laissant entre eux d’assez larges espaces dont la surveillance incombe aux corps francs. Celui commandé par le lieutenant Guilbert est cantonné à Obersteinbach, autrefois village accueillant et gracieux, et qui n’est plus qu’une expression géographique !

Le corps franc comprend cinq braconniers, pour ainsi dire professionnels, bien connus en Savoie, un charcutier, un employé des PTT, des paysans, un maître d’hôtel et même un juge de paix. Le groupe a adopté un fanion décoré d’une tête de Sioux, faite de bouts d’étoffes de couleur et de bouts de laine cousus vaille que vaille sur une flamme triangulaire. Un minuscule carré d’étoffe bleu, blanc, rouge, avec sa petite croix noire, le cœur rouge et l’inscription en lettres dorées "Cœur de Jésus, sauvez la France" y est fixé. Personne ne l’a imposé. Tous l’ont choisi et porté d’emblée sur la vareuse ou le chandail.

Très rapidement, le lieutenant Guilbert, par son comportement infatigable, par son rayonnement, par son audace et sa bravoure, devient populaire au point qu’on le montre du doigt quand on le voit passer, droit, un peu dur, avec sa figure énergique dont le "bouc" accentue encore la fermeté. Le général Lestien, commandant la 28e D.I.A., dira de lui :"C’est une manière de héros taciturne, peut-être un saint, surement un chef."

Secteur des Basses-Vosges novembre 1939 - avril 1940 Monsieur GUILBERT

Noël au Maimont

Pour Noël, le Père Guilbert demande à son chef de bataillon l’autorisation de dire la messe de minuit à Obersteinbach. Il essuie un refus, mais pour ne pas nuire au service, il pourra la dire aux avant-postes du Maimont au cours d’une patrouille à laquelle se joindra un journaliste qui en fera un article dans l’Illustration.

A 22 heures, le groupe part sans faire de bruit. Les hommes marchent en file indienne, distants de 10 mètres les uns des autres sur le sentier enneigé. Tous les 100 mètres, ils s’arrêtent, écoutent et repartent. Vers le sommet la lune commence à percer le brouillard. Le groupe passe d’abord au point d’appui (PA) du Signal, puis continue sa progression vers le PA de l’Observatoire, le plus avancé du dispositif français, à cheval sur la frontière.

Là, la patrouille prend place dans un abri qui s’appuie contre une barre rocheuse et recouvert de plusieurs épaisseurs de rondins. Le Père Guilbert installe son autel sur une avancée de rocher : tout y est, même une crèche récupérée par ses hommes dans les maisons abandonnées d’Obersteinbach. Entassés dans l’abri, les alpins assistent à la messe de minuit, tandis que d’autres montent la garde. La nuit est troublée par quelques éclatements de grenades et des coups de fusil ; au loin on entend même le canon. La fin de l’office est saluée par un crépitement de mitrailleuses sans que le Père Guilbert ne se départi de son calme.

Le coup de main de la borne 10

Le 28 décembre, au cours d’une patrouille à proximité de la borne frontière n° 10 au col de Petersbächel, le lieutenant Guilbert repère un groupe d’une dizaine d’Allemands, l’arme à la bretelle, se déplaçant en toute confiance sur un chemin parallèle à la frontière. Pas question d’ouvrir le feu, mais le groupe redescend à Obersteinbach, tout excité à l’idée de tendre une embuscade à ces Allemands bien trop sûrs d’eux.

Dès le lendemain matin, le groupe prend position au-delà des barbelés allemands. Il fait froid, le thermomètre marque - 18°. Vingt minutes plus tard, un premier coup de feu éclate. La suite a fait l’objet d’un communiqué officiel que voici :

Paris, le 30-12-39
Dans la forêt des Vosges, un groupe franc s’est glissé à travers les positions avancées allemandes et a fait une profonde randonnée à l’intérieur du territoire allemand. Progressant prudemment le long des ravins et à travers les sapinières, les patrouilleurs français sont tombés par surprise sur un détachement de reconnaissance allemand guidé par un officier et un sous-officier. Les deux chefs du détachement adverse ont été faits prisonniers et ramenés dans les lignes françaises.

Le récit adressé par le lieutenant Guilbert à ses parents est plus explicite :

"[...] Ils viennent, mais en suivant un chemin par lequel je ne les attendais pas. Ils viennent non plus à 10, mais à 40, séparés heureusement en deux groupes : une avant-garde de 7 et le gros de la troupe. J’avais 11 hommes en territoire allemand, 5 en flanquement en France, de l’autre côté des barbelés. Le feu est ouvert à bout portant. Un homme et un sous-officier porteur d’une mitraillette tombent ; un officier et un sergent tirent, une grenade blesse le second et abrutit le premier qui, tombé et cerné, se rend. Un mouvement sur la gauche se dessine, je tire quatre balles au mousqueton : deux hommes tombent. L’ordre de repli est donné ; le sergent allemand blessé est emporté au-delà des barbelés par deux de mes hommes qui veillent à ne pas marcher sur une de ces mines qui infestent le secteur. Je passe le dernier et donne le signal du repli au groupe placé en flanquement. Péniblement, le blessé allemand est emporté, tandis que l’officier [3], le lieutenant Freiherr von SINNER, marche raide, fou de rage ; mes autres hommes emportent allègrement le butin [4] Chez nous pas un blessé ! [5]
Le soir même, le Père Guilbert dit à l’aumônier de la Division :" Moi, Prêtre, j’ai tué ! Vous entendez ? J’ai tué ! Vous êtes un veinard, vous ! Vous allez avec les types, mais vous avez votre canne pour toute arme. Vous ne tuez pas... Vous restez le Prêtre... Moi, Prêtre, j’ai tué."

L’intervention du général Bourret

Le surlendemain 31 décembre, une prise d’armes a lieu sous la neige à la Villa Mellon, au nord-est de Niederbronn, en présence du général Bourret, commandant la Ve armée. Tous les hommes ayant participé au coup de main sont décorés. Pour sa part, le lieutenant Guilbert se voit décerner la Légion d’honneur [6]. Mais le général Bourret n’est pas sans remarquer l’insigne du Sacré-Cœur cousu sur la manche gauche de l’officier. Le 11 janvier 1940, il adresse au général Lestien la note suivante :

" Cher ami, A la prise d’armes du 31 décembre, le lieutenant Guilbert du 99e R.I.A. et quelques-uns de ses hommes portaient, au moment où je les ai décorés, l’insigne du Sacré-Cœur apparent sur la manche ou l’épaule de leur capote. On le voit nettement sur les photographies jointes. C’est une faute de goût.
Vous savez quel souci j’ai de respecter, d’exalter les forces spirituelles, de laisser à tous les hommes le secours de leur Foi, surtout à ceux qui risquent leur vie pour nous. Mais la Foi ne demande pas l’ostentation. Il faut en garder sur soi les insignes, de même qu’on la porte en son cœur.
Si la liberté était laissée d’orner l’uniforme militaire de signes extérieurs religieux ou politiques, l’Armée donnerait, par cette floraison inadmissible, l’impression de la division alors qu’elle montre au contraire une magnifique unité dans la diversité des croyances. [...]."

Quelques jours plus tard, la décision d’interdire de porter ostensiblement des insignes autres que militaires est lue au rapport de chaque unité.

Le général Bourret donne l'accolade à l'officier commandant un groupe franc, qu'il vient de décorer de la Légion d'honneur

La drôle de guerre continue

Relevé après 42 jours d’une existence périlleuse aux avant-postes, le lieutenant Guilbert passe les consignes au lieutenant Michon, chef du groupe franc du 27e B.C.A. Le lieutenant-colonel Mazaud, chef de corps du 27, raconte : "[...] C’était mon premier contact avec cet officier incomparable ; au cours de notre entretien, je pus apprécier la modestie de cet être exceptionnel, sa fermeté, sa droiture et l’élévation de ses sentiments. Aussi il me fut agréable d’épingler sur sa poitrine l’insigne du 27e B.C.A.

Je ne devais plus revoir Guilbert, mais je garde fidèlement le souvenir de la petite cérémonie au cours de laquelle il m’a été donné de serrer la main d’un apôtre et d’un soldat."

Pendant ce temps, toutes les ondes des radios alliées diffusent joyeusement la chanson des troupes britanniques " Nous irons tendre notre linge sur la ligne Siegfried".

Après une longue permission, le lieutenant Guilbert entreprend un second séjour aux avant-postes, dans le quartier de Wingen, situé au nord-est de Lembach. Il va vivre là une douloureuse expérience, la mort par méprise de deux alpins au sein d’une compagnie voisine, et dont il assura le service funèbre.

L’effectif du corps franc s’est renforcé, conséquence de la notoriété du Père Blanc. Les patrouilles de jour et de nuit se succèdent. Début avril, le régiment est relevé et part au repos dans la région de Poligny dans le Jura. Pour les hommes, c’est la fin de la drôle de guerre, mais ils ne le savent pas encore ...

Le Chemin des Dames

Le 10 mai 1940, l’Allemagne envahit les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Dès le 15 mai, le 99e R.I.A. fait mouvement vers le nord et débarque à l’est de Soissons. Positionné entre le 97e R.I.A. et le 27e B.C.A., le régiment s’installe sur le canal de l’Ailette et forme une ligne de résistance sur le Chemin des Dames, entre Filain à l’ouest et Braye à l’est.

Le 22 mai à la pointe du jour, le corps franc est pour la première fois au contact avec l’ennemi. L’engagement est vif, les assaillants nombreux. Un moment cerné, Guilbert entend qu’on lui crie : "Rendez-vous !". Il répond vertement, comme peut le faire un soldat sur le champ de bataille et se sert assez bien de son mousqueton qui ne le quitte pas. Il parvient finalement à se dégager mais laisse sur le terrain deux de ses hommes. Rude entrée en matière !

Un observateur du I/99e, l’alpin Piroird, s’est plu à retracer un départ du corps franc pour l’attaque. Nous sommes le 4 juin. "Le soleil, qui éclairait dans le dos nos camarades, nous permettait de les suivre dans leur progression au milieu d’un champ. Le Père était en tête, en bras de chemise, les jumelles au cou, le mousqueton à la main, la chemise pleine de chargeurs et la ceinture garnie de grenades. Déployée en tirailleurs, la troupe allait au combat en ordre parfait, sans souci des obus. On sentait que tous étaient saisis par le courage, le cran et l’allure décidée du chef. Ils disparurent à nos yeux et remplirent leur mission, non sans pertes."

Le front au 5 juin 1940

L’attaque allemande

Le 5 juin, à 4 h 30 du matin, les Allemands déclenchent un violent bombardement. Un véritable "feu roulant". Au I/99e commandé par le chef de bataillon Genevier, le choc est rude. Le corps franc du lieutenant Guilbert est sollicité de toutes parts.

A l’aube du jeudi 6 juin, les Allemands attaquent de nouveau à la jonction des Ier et IIIe bataillons. Sur le front de la 1ère compagnie, l’offensive est enrayée, mais deux de ses points d’appui, encerclés depuis la veille, sont sur le point de céder. Le corps franc est chargé de les ravitailler en vivres et en munitions, mais pour cela il faut ramper sur un kilomètre, en terrain découvert ! Au cours de l’opération, le caporal-chef Vivier, "le juge de paix du corps franc", est tué par un obus.

Un peu plus tard, le lieutenant Guilbert reçoit pour mission de dégager la section du lieutenant Hébert cernée par l’ennemi. Voici le témoignage de son chef de section : " A 17 heures, la situation est devenue tragique. Les Allemands réussissent à s’infiltrer jusqu’aux barbelés et les deux FM ne peuvent enrayer leur avance. Profitant d’un tir d’artillerie, l’alpin Pache vient jusqu’à moi pour m’annoncer qu’il ne peut suffire et qu’il faut envisager la reddition. Il est prêt à se sacrifier pour éviter des pertes à ses camarades. Mais au moment où il regagne son poste de tireur FM, il a la grande joie de voir arriver le lieutenant Guilbert accompagné de quelques hommes. [...] Cette arrivée providentielle, alliée au grand prestige de Guilbert, remet tout le monde sur pied et les fatigués, les abattus, les blessés même reprennent leurs armes et leurs postes."

L’ordre de repli général de la 28e D.I.A. sur la rive sud de l’Aisne, donné à 16 heures, parvient au I/99 vers 21 heures. Le corps franc est chargé d’en informer les points d’appui les plus menacés et d’assurer le repli de la section Hébert en grande difficulté. Vérifiant que le blockhaus dans lequel se trouvait la section était vide, il découvre au fond du réduit un blessé immobilisé qui le regarde avec des yeux tout chavirés de détresse ; - "Non ! on ne va te laisser ici." En bon Samaritain, il hisse l’alpin Bloch sur ses épaules et le porte sur 300 mètres environ, puis, clopin-clopant, le blessé continue à pied.

La retraite de 7 à 8 kilomètres est une véritable épreuve. Le nombre de mulets étant insuffisant, il faut tout porter à dos d’homme. Le Père Guilbert se charge du fusil mitrailleur modèle 24-29. Quand la colonne s’arrête, les hommes se couchent sur le talus de la route, épuisés de fatigue et de sommeil. Le pont de Vailly est franchi vers 4 heures du matin. Le I/99 qui a perdu la moitié de ses effectifs, prend position entre le bois Morin et Boves.

Le 7 juin, le lieutenant Guilbert se voit confier le commandement de la section du lieutenant Hébert, gravement blessé, tout en conservant celui du corps franc. La journée est relativement calme car les Allemands s’installent et s’organisent. Seule l’artillerie et les rafales d’armes automatiques animent le front. La nuit est fiévreuse. Le ciel rougeoie de la lueur des incendies. Des éléments ennemis réussissent à franchir l’Aisne.

Le 8 juin au matin, après une violente préparation d’artillerie et un mitraillage en rase-mottes effectué par des Stukas [7]aux sirènes hurlantes, l’ennemi poursuit son infiltration de part et d’autre du régiment. Le corps franc, en position à l’écluse Saint-Audebert, interdit le franchissement du canal parallèle à l’Aisne. Le lieutenant Guilbert, le plus souvent dans l’abri qui se trouve à proximité de la maison de l’éclusier, fait feu sur les Allemands qui essaient de s’approcher de l’écluse ou qui tentent de franchir le canal dans des canots pneumatiques. Il a avec lui deux ou trois hommes et, pendant qu’il décharge son mousqueton, ces hommes en chargent un autre et le lui passent. "J’ai fait un coup formidable" dira-t-il à l’alpin Sulpice. On n’ose pas préciser le chiffre de ceux qu’il a touchés, car il est un adroit tireur : une centaine, disent les témoins de la scène.

Mort d’un héros

L’attaque s’intensifie sous une chaleur accablante. Vers 17 heures, le 27e B.C.A., qui combat vaillamment à droite, reçoit l’ordre de se replier. Mais le I/99 doit rester sur place pour empêcher à tout prix le franchissement du canal à hauteur de l’écluse. Dans la soirée, l’ordre de repli arrive enfin. Guilbert parvient à sortir de son poste et retrouve un peu plus loin quelques-uns de ses hommes qui se groupent autour de lui. Ils sont moins d’une dizaine, affamés, fourbus, cherchant à s’échapper de l’encerclement.Vers trois heures du matin, ce qui reste du corps franc pénètre dans une "creute" [8] située entre Chassemy et Brenelle pour essayer de se restaurer un peu. Les Allemands, qui les avaient repérés, lancent des grenades à l’entrée de la grotte. Les rescapés du corps franc se précipitent à l’extérieur pour se mettre en position de combat. A peine sorti, le lieutenant Guilbert est frappé sur le côté du ventre par une rafale d’arme automatique. Le sergent Miretti, le dernier de ses sous-officiers, estimant que toute résistance était désormais inutile, donne alors l’ordre à ses hommes de cesser le combat.

Deux mois plus tard, un jeune moissonneur, en coupant son blé, découvre à une centaine de mètres de la creute le corps du lieutenant Guilbert. Mort à 28 ans, il repose désormais à Arques dans le caveau familial.

Il y a quelques mois décédait le caporal Pierre Escoffier, ancien du corps franc du 1er bataillon, et dernier compagnon d’armes du lieutenant Guilbert. Le souvenir n’est plus. Désormais, il nous appartient d’honorer sa mémoire.

André MUDLER

SOURCES :

Coolen Georges, Le Père Gérard Guilbert, Paris, Bloud et Gay, 1945 ;

Mudler André et Yves Lacaze, Le 9-9 dans la tourmente 1939-1945, Lyon, Permezel, 2004 ;

Forche Gérard, Les combats du Maimont, Revue Outre Forêt n°69, 1990 ;

Fonds documentaire de l’Amicale Royal Deux-Ponts/99e et 299e R.I.

NOTES:
[1] Devenu aujourd’hui un centre viticole réputé où l’on fabrique une liqueur appelée Thibarine et dont le goût rappelle celui de la Bénédictine ... !

[2] Le père de Brigitte Bardot

[3] Il s’agit du lieutenant Freiherr von SINNER de la 11e compagnie de l’IR 462 essentiellement composé d’Autrichiens avec un encadrement allemand.

[4] Deux pistolets, un fusil Mauser, une mitraillette, trois masques à gaz, une épaulette de Feldwebel.

[5] Les Allemands déplorent 4 tués (Hauptfeldwebel STICKEL, Feldwebel FRANZ et 2 soldats).

[6] Cette prise d’armes a fait l’objet d’un reportage dans l’illustration de janvier 1940.

[7] Surnom donné à l’avion d’attaque Junkers J87B1.

[8] Cavernes ou galeries souterraines creusées dans la dalle calcaire pour en extraire la pierre blanche qui a notamment servi à la construction des cathédrales de Reims, Laon et Soissons. 

FARAC

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