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Le combat de maison carrée (2 septembre 1944 - Nord de Lyon)

Mémoire

LE COLONEL GUY GIRON (1922-2002)

Le colonel Guy Giron, bien connu de la garnison de Lyon aux activités de laquelle il participait avec dévouement malgré le handicap d’une santé devenue fragile, est mort brutalement à son domicile, le jeudi 10 janvier 2002. Ses obsèques ont été célébrées le lundi 14 janvier en l’église d’Ecully où il s’était installé en retraite.

C’est dans cette charmante cité du nord-ouest lyonnais et dans les communes environnantes qu’il s’employait depuis de nombreuses années et notamment lors du 50e anniversaire de la Libération en 1994 à entretenir le souvenir des différentes étapes des opérations menées par le 2e RSAR les 2 et 3 septembre 1944 (plaques commémoratives, dont une opposée sur la façade de la mairie d’Ecully, conférences, brochures articles) . Il était devenu la Mémoire vivante du Glorieux 2ème Spahis Algériens.

Guy Giron a été toute sa vie un homme de Foi, un homme d’Honneur (Commandeur de notre Premier Ordre national), un grand, un très grand Monsieur, et pas seulement par la taille. Ce brillant officier avait de la classe. Il faisait tout avec élégance et humour, y compris supporter ses terribles infirmités accumulées au cours d’une carrière de soldat particulièrement bien remplie comme le soulignent ses 10 titres de guerres (C.G. 39-45 avec 1 CA et 1 DV ; C.G. TOE avec 1 DV et 1 BG ; V.M. avec 1 palme, 2 CA et 1 DV ; 2 blessures).

En geste d’hommage à cette personnalité de grande valeur et pour le remercier de la patience qu’il a bien voulu m’accorder dans mes recherches sur la libération de la région lyonnaise, je lui dédie le texte qui suit et qu’il m’a aidé à préparer.

Il évoque un épisode sanglant des opérations autour de Lyon auquel participa le maréchal-des-logis Guy Giron, 22 ans à l’époque, chef du scout-car du 3e Peloton du 4e Escadron du 2e RSAR, survenu dans la nuit du 2 au 3 septembre 1944 au carrefour de Maison Carrée, commune de Dardilly, au nord de Lyon sur la Nationale 6.

Mes respects, Mon Colonel !

F.L.

LE COMBAT DE MAISON CARRÉE (2 SEPTEMBRE 1944, NORD DE LYON)

La préparation au débarquement en Provence.

Issu d’une vieille famille lyonnaise, le jeune Guy Giron s’apprêtait à préparer le concours de Saint-Cyr quand survint la guerre. En 1941, il s’engage depuis Lyon au 5e Régiment de Chasseurs d’Afrique et part pour l’Algérie. En mai 1942, malgré sa grande taille (1,90m), il est affecté à l’escadron de reconnaissance de ce régiment. puis, après la campagne de Tunisie de novembre 42 à mars 43, il est muté au 6e Spahis algériens revenant de Tunisie. Ce régiment fusionne ensuite avec le 2e Spahis algériens qui devient, avec le 1er RSAR, l’un des deux régiments de reconnaissance d’Armée de l’Armée de Lattre.

Dans la région d’Oran, il participe ensuite avec son régiment à la préparation opérationnelle au débarquement ( instruction, entraînement et « montage des chaînes de matériels », appelé aussi « décoconnement » à mesure de leur perception des Américains).

Le 26 juillet 1944, commencent les opérations d’embarquement du régiment (sauf le 2e Escadron maintenu qui rejoindra en septembre) sur quatre navires. Guy Giron est alors maréchal-des-logis et chef du groupe de mortiers de 60 sur scout-car au 3e Peloton (S-Lt de Coëtlogon) du 4e Escadron (Capitaine Baudouin). Les 10 et 11 août, les navires se rejoignent au large d’Oran et le 16, le 4e Escadron débarque le premier à Nartelle au nord de Saint-Tropez.

La longue chevauchée du 2e RSAR jusqu’à Saint-Etienne

Dès le 19 août, le 4e Escadron est engagé dans le cadre de la 3e DIA. Il participe aux reconnaissances d’itinéraires en direction de Toulon par le nord. Puis la longue chevauchée se poursuit vers l’ouest. Les unités américaines sont dépassées et le 2e Spahis désormais seul en tête fonce en direction du Rhône, seulement limité par les ruptures de carburant. Aix est dépassé le 24 et le 25, le Rhône est atteint en éventail, simultanément à Arles, Tarascon et Avignon.

Sur des moyens de fortune le Rhône est franchi le 26 août ; la 1ère Armée ayant reçu la mission d’exploiter à l’ouest en direction de Lyon avec la 1ère DB suivie de la 1ère DFL. Mais il faut encore attendre deux jours avant de poursuivre vers le nord, le 2ème Spahis toujours en tête selon sa mission de reconnaissance au profit des CC / 1re DB.

A l’ouest du Rhône, dans l’Ardèche, de nombreuses unités allemandes disloquées, retardées par les harcèlements des Maquis et de l’aviation alliée, sont dépassées. Le 2è RSAR fait de nombreux prisonniers. Il connaît plusieurs ruptures de carburant qui ralentissent sa progression.

Finalement il débouche sur Saint Etienne dans la soirée du 1er septembre, toujours en tête et ses escadrons de premier échelon passent la nuit du 1er au 2 à Saint-Galbier (1er escadron) et Rive-de-Gier. (4e). C’est le jour où les Allemands font sauter les ponts de Lyon et c’est la veille de l’attaque concertée des Alliés et des unités de maquis sur Lyon.

Le débordement de Lyon par l’Ouest

Le 2 septembre, à la suite d’une réunion à la préfecture de Saint-Etienne, le général de Montsabert, devenu commandant du 2e Corps d’Armée, met le 2e Spahis (moins le 1er Escadron qui poursuit vers le nord avec la 1ère DB) à la disposition de la 1ère DFL chargée d’attaquer Lyon le 3 matin.

En début d’après-midi, le 2e RSAR entame sa manœuvre de reconnaissance par débordement de Lyon avec mission d’atteindre la N 6 au nord d’Ecully. Le 4e Escadron, en tête, passe par Mornant, Marcy-l’Etoile, la Tour-de-Salvagny et se rabat sur la N 6, au nord de Dardilly, face à Limonest. Répartisssant ses trois pelotons de reconnaissance, il donne au 3e (S-Lt de Coëtlogon) la mission de tenir pour la nuit le carrefour de Maison Carrée au hameau du Barriot. Le jour s’achève.

La nuit tragique de Maison Carrée

Un peloton d’automitrailleuses de reconnaissance, type 1944, est un gros commandement pour un jeune officier : deux patrouilles d’AM M8, un groupe AC de 57 m/m, un char léger obusier M8 de 75 m/m, un groupe de 2 mortiers de 60 m/m que commande Guy Giron, enfin un groupe transport de munitions sur half-track. Au total, 1 officier, 7 sous-officiers, 29 spahis = 37 hommes et beaucoup de matériels dont 3 AM M8 et un char léger M8. Malheureusement, l’officier n’a pas la totalité de son peloton. Il a dû laisser au départ de Rive-de-Gier, en attente de carburant, deux engins blindés qui vont cruellement lui manquer dans les heures à venir, l’une de ses trois automitrailleuses M8 et le char-obusier M8. Tout au long de leur progression depuis la Provence, nos unités ont été ainsi ralenties ou réduites par l’insuffisante des ravitaillements.

Le peloton est réparti sur la N 6 ; les patrouilles face au sud en direction de Lyon pour interdire la remontée des derniers éléments allemands qui ont fait sauter les ponts dans la journée, alors qu’on entend encore de lourdes explosions des derniers ponts dynamités sur la Saône. Au nord du carrefour, le peloton mortiers assure la sûreté nord vers Lissieu-Anse. L’adjudant-chef Padilla, adjoint, assure à l’ouest de la route la liaison avec l’Escadron et se tient en réserve.

A peine le dispositif en place, l’ennemi va d’abord se présenter non pas au sud mais au nord. Deux allemands sur une moto BMW débouchent du Viraget. La première rafale de mitrailleuse du scout-car les précipite dans le fossé. Quelques rafales de mitraillettes des Spahis viennent les extraire de leur abri et les ramener rapidement au carrefour avec leurs deux fusils mauser. Laissons la suite du récit au chef du scout-car, Guy Giron (1).

« Un quart d’heure après environ, débouche du virage situé à une centaine de mètres plus bas une voiture de liaison en peinture camouflée. Découvrant trop tard le scout-car et voulant éviter une rafale de mitrailleuse, le conducteur fait une embardée et va s’écraser contre le mur du café (2). Les quatre occupants s’en sortent un peu contusionnés et sont aussitôt faits prisonniers par les membres de l’équipage. Ce sont trois officiers et leur conducteur. Un des officiers parlant très correctement le français fait part au chef de voiture du "Richelieu" (3) de son grand étonnement et de sa surprise de ne pas se trouver en face de « terroristes », mais de militaires d’une armée régulière et surtout française venant d’Algérie. Regroupés avec les deux premiers prisonniers, ils sont remis à l’Adjudant-Chef Padilla qui les fait amener au PC de l’escadron.

Cet incident réglé, pas le temps de souffler. Une deuxième voiture, occupée par deux passagers, sort à son tour du virage. Cette fois, ayant aperçu le scout, le conducteur tente le passage en force, mais une rafale de mitrailleuse le blesse mortellement et la voiture va s’encastrer dans la carcasse de la première. Le passager, un sous-officier, est fait prisonnier. »

Tout se passe donc pour le mieux au nord et la sûreté du peloton est assurée. Mais pendant ce temps, que se passe-t-il au sud ?
Fidèle à l’esprit de sa mission, le Sous-Lieutenant de Coëtlogon veut s’éclairer au plus loin par rapport au carrefour tout en essayant de situer la position de ses plus proches voisins, notamment une section d’infanterie du 9e Zouaves détachée à l’escadron, qui lui a été signalée progressant vers la Nationale 6 entre sa position et Ecully. Il envoie d’abord à pied une première patrouille, puis il pousse plus loin ses reconnaissances, cette fois avec la patrouille blindée du Maréchal-des-Logis-Chef BONNIARD, qui s’engage sur la nationale en direction de Champagne-au-Mont-d’Or. A peine a-t-elle quitté son emplacement d’observation et fait quelques dizaines de mètres sur la longue ligue droite qui conduit au carrefour de Limonest à un kilomètre, qu’elle se fait tirer de plusieurs coups de deux canons antichars de 88 qui y sont embusqués. L’incroyable dextérité du pilote ramène en arrière l’automitrailleuse intacte, mais dans cette marche arrière effrénée, des obus éclatant dans les arbres bordant la route blessent de leurs éclats les deux hommes à découvert dans la tourelle, le chef d’engin et son tireur.

Le chef de peloton fait alors ramener au carrefour le scout-car et son groupe de mortiers de 60 pour tenter de masquer les antichars allemands par des fumigènes, mais il est déjà plus de 20 heures et la nuit est devenue totale. En outre, une pluie en crachin rend la visibilité très mauvaise et le réglage difficile. Le tir d’une douzaine d’obus fumigènes reste inefficace. L’officier renvoie donc le scout à sa mission initiale au nord du carrefour. Bien lui en prend, car « à peine avait-il fait demi-tour et repartait-il vers son ancienne position que le scout-car se trouve face à face avec un side-car allemand monté par deux hommes qui avait réussi à éviter le bouchon du carrefour. Une rafale de mitrailleuse de 50 stoppe net l’engin qui bascule dans le fossé. Le passager indemne se rend sans résistance et aide à dégager du side renversé le pilote assez sérieusement blessé" (1).

Les deux nouveaux prisonniers sont remis au Sous-Officier Adjoint qui les évacue et l’attente continue. La nuit est calme, seulement coupée, très loin en direction de Lyon, par les sourdes explosions des derniers ponts sur la Saône que les sapeurs allemands font sauter.

Mais l’ennemi est bien décidé à passer en force en profitant de l’obscurité. Il n’a pas d’autre solution s’il veut échapper à l’anéantissement. D’ailleurs, le Sous-Lieutenant de Coëtlogon signale à son capitaine l’accroissement des bruits de véhicules remontant de Lyon. Sentant l’affaire sérieuse, le commandant d’escadron engage donc son dernier peloton en soutien vers le carrefour.

Soudain, vers 21 heures, trois véhicules allemands surgissent de la nuit et arrivent en mitraillant à hauteur de l’AM du chef de peloton. L’officier n’a plus le temps de faire tourner sa tourelle. A la mitraillette, buste sorti, il fait face. Les Allemands répondent de toutes leurs armes. Le Sous-Lieutenant de Coëtlogon s’écroule dans le fond de sa tourelle. Son engin, touché par un obus de gros calibre, s’enflamme instantanément . Les trois véhicules allemands passent en force le carrefour, tous feux éteints, prennent la direction de Villefranche-sur-Saône et se font tirer des mitrailleuses du scout après l’avoir dépassé. On apprendra le lendemain que des allemands qui occupaient le dernier véhicule ont été blessés par ces tirs .

Des flammes de l’AM, sont extraits le tireur, blessé au bras, et le radio, blessé et affreusement brûlé. Mais il est déjà trop tard pour le chef de peloton et son pilote NEVEU.

Le capitaine Baudouin (4) s’est porté en personne au carrefour, devenu l’objectif des tirs de mortiers ennemis. Avec l’aide du Sous-Officier Adjoint qui prend immédiatement le commandement du peloton, il organise l’évacuation des morts et des blessés, puis, devant l’importance des moyens ennemis, il décide le repli du dispositif sur le Barriot tout en maintenant sous le feu la Nationale 6. Les tirs allemands coûteront encore la vie au Spahis LACOME, motocycliste d’escadron.

Le bilan d’une nuit de combat

L’ennemi a perdu sept prisonniers dont trois officiers qui fournissent de précieux renseignements sur les mouvements en cours. Il a au moins un mort et plusieurs blessés. Dans la deuxième partie de la nuit, il va encore forcer le passage du carrefour de Maison-Carrée. Il y laissera plusieurs véhicules, incendiés par le tir des AM.

Il a surtout perdu plusieurs heures à monter dans la nuit une opération de dégagement. Le temps ainsi perdu va permettre dans les deux jours qui viennent d’accroître le nombre de prisonniers allemands faits dans la bataille d’Anse-Villefranche (près de 3000).
Nos Spahis du peloton de Coëtlogon sont sérieusement choqués. C’est leur baptême du feu et dans leur premier choc avec l’ennemi face auquel ils se sont préparés pendant de longs mois en Algérie, ils perdent leur officier et un camarade et voient partir vers l’hôpital quatre des leurs. C’est un terrible coup dur. Mais l’Adjudant-Chef PADILLA, « l’homme qu’il fallait dans de telles circonstances » (2), va s’employer à leur redonner confiance en attendant l’arrivée du nouveau chef de peloton.

Mais le Peloton de Coëtlogon sortira grandi de cette nuit tragique car "l’on peut vraiment compter sur celui qui connaît l’odeur de la poudre" (proverbe arabe).

Pause casse-croûte le 3 septembre 1944 dans la région lyonnaise. © G Caniot - 2001 L’AM M8 calcinée du Lieutenant de Coëtlogon touchée au carrefour de Maison Carrée le 2 septembre 1944 © G Caniot - 2001

FARAC

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