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Combats pour l'honneur au nord de Lyon

Mémoire

TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS ET ARTILLEURS FRANÇAIS UNIS DANS L’ULTIME SACRIFICE 
(Aucun insigne connu du 25ème RTS. Ci-contre en logo, l’ancre forgée ornant la stèle de Lentilly)

I. La situation générale
A). Le cadre chronologique

10 mai 1940. Début de l’offensive allemande dans les Ardennes.

5 juin. Fin du rembarquement du corps expéditionnaire britannique à Dunkerque.

12 juin. Le nouveau généralissime, Weygand, qui a succédé à Gamelin le 20 mai, constatant la défaite générale des armées françaises, recommande au gouvernement l’arrêt des hostilités. Abandonnant la capitale, puis Tours le 13, le gouvernement Paul Reynaud s’est replié à Bordeaux le 14 juin.

14 juin. Les Allemands sont à Paris. Ils poursuivent rapidement leur progression vers le sud de la France.

Le 16, ils bordent la Loire d’Orléans à Nevers et, contournant la ligne Maginot et les Vosges, ils arrivent à Besançon et, le 17, à Dijon et Pontarlier. 
Ce même jour, Pétain, qui a remplacé à la tête du gouvernement Reynaud, démissionné la veille, prononce sa fameuse phrase : "C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat", et entame les pourparlers en vue d’obtenir un armistice.

Pourtant, sur le front des Alpes, face aux troupes de Mussolini qui a déclaré la guerre à la France le 10 juin, volant ainsi au secours de la victoire de son allié nazi, les forces françaises ne cèdent aucune portion du territoire national. Mais la rapide avance allemande par la Saône et le Doubs les menace déjà sur leurs arrières. Lyon atteint, les divisions allemandes disposant alors d’un faisceau d’itinéraires vers le sud-est, toute la défense des Alpes sera prise à revers.

18 juin. De Londres, le Général de Gaulle appelle à poursuivre la lutte.

19 juin après-midi. Les Allemands pénètrent dans Lyon.

19 et 20 juin. Combats au nord de Lyon (Tarare, l’Arbresle, Montluzin, Chasselay ...)

22 juin. L’armistice franco-allemand est signé. Le lendemain, signature de l’armistice franco-italien.

B). La situation militaire en région lyonnaise au 17 juin 1940

La défense de la région lyonnaise est inséparable de celle du front des Alpes de juin 1940.

En effet, sur Lyon convergent de nombreuses routes venant du nord empruntées par les divisions allemandes dans leur poussée vers le sud, dont les trois principales sont, d’ouest en est :

la N 7 venant de la Loire par Tarare et l’Arbresle ;

la N 6 par la vallée de la Saône et aboutissant à Lissieu ;

la N 83 venant de Bourg-en-Bresse à travers la Dombes et arrivant aux banlieues lyonnaises de Rillieux-Sathonay.

Entre celles-ci, de nombreux itinéraires secondaires permettent des variantements et facilitent les infiltrations, en particulier les départementales 485 par la vallée d’Azergues et 933 par Trévoux et la rive est de la Saône.

La défense de l’important carrefour stratégique de Lyon et de ses ponts suppose donc la tenue d’un vaste arc défensif couvrant la convergence de toutes ces pénétrantes venant du nord et s’appuyant sur le relief favorable des monts du Lyonnais à l’ouest et des Monts d’Or au nord.

C’est cet arc défensif naturel d’une soixantaine de kilomètres allant de la région de Tarare au plateau de la Dombes qu’a décidé d’occuper et de valoriser le commandement français. Il en a confié la mission au Groupement de Mesmay.

C). Lyon déclarée "ville ouverte"

A Lyon, deux hommes dominent la vie politique et économique : Emile Bollaert, préfet du Rhône, forte personnalité et administrateur efficace ; en place depuis 1933, et Edouard Herriot, maire depuis 35 ans, maintes fois ministre, également député du Rhône et surtout président de la Chambre des Députés. A ce dernier titre, il a suivi le gouvernement à Tours puis à Bordeaux où il se trouve au soir du 17 juin.

Au même moment à Lyon, le préfet Bollaert, chargé avec les autorités militaires d’assurer la sécurité de la ville et le fonctionnement des services, estimant que toute défense locale est désormais inutile, s’efforce d’entrer en contact avec Herriot. Il y parvient à minuit. Ces deux hommes se connaissent, s’apprécient et collaborent depuis longtemps, le premier ayant été chef de cabinet ministériel du second. Leur analyse de la situation à Lyon est rapidement la même.

Herriot se porte aussitôt chez Pétain réveillé en pleine nuit et lui arrache la décision de déclarer "Lyon ville ouverte" comme Paris le 12 juin. Nous sommes le mardi 18 juin à 3 heures du matin.

Cette décision signifie que les troupes chargées de la défense de l’agglomération lyonnaise se replieront sans combattre et que la ville et surtout ses nombreux ponts seront livrés intacts à l’ennemi. Elle est transmise dans la journée du 18 au général Hartung, gouverneur militaire, qui a admis depuis la veille être dans l’impossibilité de résister.

D). Un combat "pour l’honneur"

Mais le général Olry, commandant l’Armée des Alpes réduite à quatre divisions, ne l’entend pas ainsi. Pour lui la mission demeure face à l’armée italienne tant que les hostilités restent ouvertes. En outre, la désorganisation des réseaux de communications gouvernementales et de commandement militaire s’ajoute à la confusion de la situation générale et à sa rapide évolution ainsi qu’aux hésitations des autorités nationales. Les responsables militaires sont donc livrés à eux-mêmes sur l’attitude à adopter localement et beaucoup décident, au-delà du 17 juin, de poursuivre le combat "pour l’honneur", comme sur le pont du Veurdre sur l’Allier au sud de Nevers, le 18 juin.

Dans cette situation confuse, la couverture au nord de l’Armée des Alpes conserve toute sa nécessité. Le général Olry y consacre trois groupements de force, deux sur le cours supérieur du Rhône jusqu’à la Suisse et le groupement de Mesnay au nord de Lyon. 
Ainsi, le 18 juin, la mission de celui-ci demeure-t-elle inchangée dans sa lettre comme dans son esprit. Commandé par le Général de Mesmay, ce groupement est composé d’unités disparates, issues d’une mobilisation locale menée à plusieurs étapes au cours des mois et semaines précédents, dont le niveau d’instruction et les équipements sont fort variables, en général médiocres et incomplets, et la cohésion insuffisante pour qu’elles soient engagées en campagne. Elles sont : le Bataillon de Marche de la Légion étrangère venant de Sathonay-Camp, les Bataillons de Marche des Dépôts d’Infanterie N° 131 (Saint-Etienne), 132 et 161, les 68e et 132e Régiments régionaux, les sections régionales de chars 144 et 146, les batteries du 405e RADCA équipées de pièces de 75m/m et un peloton du GRDI 55.

A ce groupement a été rattaché la seule formation ayant atteint un niveau opérationnel acceptable, le 25e RTS (Tirailleurs sénégalais, conservé jusque là en réserve de l’Armée des Alpes. Ce régiment d’infanterie coloniale, commandé par le colonel Bouriand et composé classiquement de 3 bataillons, a été formé au camp de Souge (ouest de Bordeaux) avec des éléments africains originaires pour l’essentiel du Sénégal et du Soudan français. En mai 1940, il n’a pas eu le temps d’être engagé en campagne.

Conscient de l’extrême faiblesse de ses moyens et du temps limité dont il dispose avant l’arrivée de l’ennemi (48 heures au maximum), le général de Mesnay a mis ses meilleures troupes de l’Arbresle à la Saône, face à la N 6, tenue par le 25e RTS, flanqué à son ouest, sur la N 7 à hauteur de Tarare, par un bataillon de marche d’infanterie, et à son est au-delà de la Saône, sur le plateau de la Dombes, par un bataillon de marche de la Légion étrangère.

Dans son secteur, dont la vingtaine de kilomètres de front dépasse largement ses moyens, le colonel commandant le 25e RTS a placé deux bataillons, selon les ordres reçus de son supérieur, "sur la ligne générale Curis, Saint-Germain-au-Mont-d’Or, Chasselay (au I/25 RTS ), Marcilly-d’Azergues, Lozanne, L’Arbresle (au II/25 RTS) " et s’est gardé une faible réserve à hauteur de Champagne-au-Mont-d’Or où il a installé son PC. Voilà pour la lettre de la mission.

Mais ces ordres précisent en outre : "En cas d’attaque, tenir tous les points d’appui sans esprit de recul, même débordé. Conserver à tout prix l’intervalle Saône-Azergues par où passe la N 6."

On le voit, l’esprit de la mission est précisément "sans esprit de recul" ! . Au besoin, se faire tuer sur place. Dans une situation désespérée comme celle du 19 juin, c’est donc bien le « combat pour l’honneur".

II. Les combats du sacrifice

Sitôt en place dans la journée du 17 juin, Tirailleurs sénégalais et artilleurs reçus en appui organisent le terrain et créent des obstacles, mais ils disposent de moins de 48 heures avant de subir le choc de l’ennemi.

Celui-ci se présente le 19 dans la matinée sur les deux directions principales ; la N 7 à Tarare et la N 6 aux Chères.

A). Les combats de la Nationale 7

La 3ème Division
SS Totenkopf 

Exploitant par la N 7 depuis la Loire de Nevers atteinte le 16 juin, la division allemande 3.SS Totenkopf (tête de mort) a pour objectif Lyon en passant par Moulins et Roanne. Le 19 au milieu de l’après-midi, ses éléments de reconnaissance se heurtent à hauteur de Tarare à la couverture la plus avancée du dispositif français, appartenant au bataillon de marche (éléments du 131e RI) mis en place depuis l’après-midi du lundi 17 par le groupement de Mesnay.

Après avoir subi quelques pertes de cette résistance inattendue, il se renforce rapidement d’artillerie et de blindés légers, manœuvre et parvient à Pontcharra en fin de journée où il se heurte à une nouvelle résistance. Les éléments du 131e RI se replient au sud.

Sur cette même N 7 la résistance suivante est déployée autour de l’important carrefour de l’Arbresle, tenu par le 2ème bataillon du 25e RTS, qui commande l’approche de Lyon par le nord-ouest.

L’Arbresle. Résistance héroïque des Tirailleurs du Capitaine Clément

Sans tenir la ville pour éviter des représailles à la population, la 5e Compagnie du capitaine Clément s’installe solidement sur les hauteurs dominantes à l’est.

Les colonnes allemandes se présentent le mercredi 19 juin vers 18 heures en débordant la N 7 par le nord, craignant d’y trouver de nouvelles résistances. Ce sont des SS motorisés qui fouillent immédiatement la ville. A la sortie est, ils sont pris sous le feu des tirailleurs. Les combats durent toute la soirée et une partie de la nuit et les Allemands restent bloqués dans l’Arbresle.

Après l’ordre de repli en direction du sud vers Pollionnay, une partie de la compagnie qui n’a pu être touchée reste seule sur les hauteurs et continue à combattre jusqu’à l’aube. Ces hommes résistent jusqu’à l’extermination.

L’Arbresle échappa de justesse à la destruction malgré les effets des tirs d’artillerie et d’armes lourdes, mais déplora de nombreuses victimes civiles.

Eveux, Fleurieux, Lentilly. Combats retardateurs

Le lendemain, 20 juin, les Allemands perdent beaucoup de temps à nettoyer les résistances à l’est de l’Arbresle qu’ils trouvent accrochées aux villages de Fleurieux et d’Eveux dominant au sud la N 7. Pour en venir à bout ils doivent monter de véritables opérations locales.

Trois kilomètres plus à l’est, toujours sur la N 7, les Allemands subissent un nouveau retard. Ils se heurtent à Lentilly qui contrôle la montée sur le plateau de la Tour-de-Salvagny, à une nouvelle et forte résistance des restes de deux compagnies de Tirailleurs qui, eux aussi, n’ont pas été touchés par les ordres de repli. Des combats isolés se poursuivent toute la matinée, mais les résistances sont vite submergées sous le nombre.

Des survivants prisonniers, les assaillants font le tri. Les officiers sont embarqués en camions et ramenés à Tarare, les sous-officiers et soldats blancs sont regroupés et évacués à pied, les tirailleurs sénégalais sont immédiatement exécutés (28 au total). 
Au cours de ces combats de près de 24 heures autour de l’Arbresle et sur les communes situées à son est, de nombreux actes de bravoure et de dévouement ont été donnés par la population qui a renseigné, nourri, secouru, aidé à se replier les unités françaises engagées, puis les combats terminés, ont caché les tirailleurs sénégalais promis, en cas de capture, à une exécution immédiate.

B). Les combats de la Nationale 6

C’est pour la défense de cette pénétrante venant du nord qu’eurent lieu les combats les plus durs et les pertes les plus élevées. C’est aussi à la suite de ces combats que les réactions allemandes les plus violentes furent menées contre les Tirailleurs sénégalais.

Le dispositif de défense

L’interdiction des accès à Lyon par la N 6 incombe au 1er bataillon du 25e RTS (Commandant Alaury). Sa mission : "Tenir sans esprit de recul sur la ligne-village Lissieu, Chasselay, St-Germain-au-Mont-d’Or, Four-à-Chaux, Villevert, Albigny". Cette ligne de défense est au pied des pentes nord du Mont Verdun. Après avoir travaillé pendant près de 48 heures à la valorisation du terrain, commencée par des unités de Légion le 16 juin, le 1/25e RTS est articulé en 9 points d’appui (PA) étalés entre la Saône et Lissieu, malheureusement sans profondeur faute de moyens suffisants. Seul le PA 9 est en 2e échelon (nord de Limonest).

Totenkopf (tête de mort) Cette ligne de défense est au pied des pentes nord du Mont Verdun.

La 3e Compagnie de ce 1/2e RTS (capitaine Gouzy) a la mission principale sur la N 6. Elle tient les PA 5 (Chasselay), 6 (Montluzin), 7 (Montfort ferme) et 8 (Lissieu). Elle est appuyée par une batterie du 405e RADCA, commandée par le lieutenant Pangaud, à 4 pièces de 75 réparties en deux groupes de 2 pièces entre les PA 6 et 8 qui tiennent directement la N 6 de part et d’autre.

Le couvent de Montluzin (PA 6), 19 juin

Le 19 juin vers 9 h 30, les éléments de tête du Régiment Grossdeutschland, unité d’élite de la Wehrmacht (voir encart de présentation) parvenue deux jours plus tôt au Creusot et à Macon et venant de Villefranche-sur-Saône par la N 6, se présentent au premier barrage en avant du PA 6. L’officier allemand, agitant un drapeau blanc sur l’automitrailleuse de tête, est abattu par l’adjudant Requier. Les réactions allemandes sont immédiates et c’est le début des combats de Montluzin qui vont durer jusqu’au milieu de l’après-midi.

Le PA de Montluzin (lieutenant de Montalivet), accroché aux bâtiments et terrasses du couvent où sont soignées des religieuses âgées et malades et renforcé de 2 pièces de 75, domine à l’est la N 6. Son excellente position et la mise en œuvre de toutes ses armes lui permettent d’infliger de sérieuses pertes à l’ennemi et de détruire plusieurs véhicules. A partir de 10 h 30 et jusqu’au milieu de l’après-midi, l’artillerie adverse concentre ses tirs sur le PA. Celui-ci repousse plusieurs assauts des fantassins et, après avoir été isolé des autres PA, il est submergé vers 16 heures.

Tous les défenseurs du PA, tirailleurs et artilleurs réunis dans le même combat, ont été tués ou blessés à l’exception du Lt de Montalivet, du S/Lt Cévear, du Lt Pangaud, d’un sous-officier européen et de quelques tirailleurs, amenés en direction des Chères et exécutés en chemin. Seul, le Lt Pandaud est épargné, sans doute parce qu’il est artilleur et ne commande pas des "Noirs". Tous les blessés sénégalais sont achevés sans pitié. Bilan : 51 morts, dont une victime civile du côté français, et une quarantaine d’Allemands mis hors de combat.


Le château-couvent de Montluzin a beaucoup souffert, seule la chapelle tient debout sans dommage. "Un miracle " diront des religieuses. "Dieu vous a gardées", ajoutera un officier allemand.

Le couvent de Montluzin (PA 6) où Tirailleurs et Artilleurs ont résisté 24 heures. (Photo F.Lescel)

Lissieu-Cote 272 (PA 8), 19 juin

Parallèlement aux combats de Montluzin ont lieu ceux de Lissieu, immédiatement à l’ouest de l’autre côté de la N 6. En voulant déborder par l’ouest de la N 6, les Allemands se sont, en effet, heurtés à ce PA voisin, installé dans le village et sur la hauteur 272 qui domine directement la route.

Les combats sont aussi acharnés, précédés du matraquage de l’artillerie et se terminent au corps à corps après la destruction des deux pièces de 75. Mais les derniers défenseurs de ce PA interdisent jusqu’à 17 heures le passage des blindés ennemis en direction de Lyon.

Ici encore tous les Tirailleurs sénégalais sont systématiquement exécutés. Avec eux, plusieurs soldats français.
Situation en fin de journée du 19 juin.

Sur la ligne de défense du I/25e RTS, l’ennemi a été partout tenu en échec, mais au prix de pertes considérables et du massacre systématique des survivants sénégalais. Le PA 7 installé sur la D 42 qui mène directement à Limonest et où se trouve le PC de la 3e compagnie a lui aussi tenu, les Allemands s’étant repliés face à une résistance réduite à une dizaine d’hommes moitié français, moitié africains.

Mais, voulant atteindre Lyon au plus vite et bloqué sur la N 7 au sud-est de l’Arbresle, le commandement allemand engage une nouvelle colonne de blindés-motorisés à l’est de la Saône par Neuville (évacuée par la Légion à 11 heures) et Fontaine qui atteint Lyon au milieu de l’après-midi par Caluire et le plateau de la Croix-Rousse. A 16 h, les avant-gardes allemandes sont au cœur de la ville et à la préfecture. La ville est occupée sans combat.

Désormais totalement débordées par l’est, les défenses de la N 6 sont devenues inutiles et, tout logiquement, à 16 h 42, le colonel commandant le 25e RTS a reçu l’ordre de replier son régiment dans les Monts du Lyonnais entre l’Arbresle qui tient encore et Givors. Mais il ne peut répercuter ses ordres sur ses unités engagées, isolées par les combats, qui poursuivent donc leur combat "sans esprit de recul".

C’est ce que fait le sous-quartier le plus à l’est du I/25e RTS (lieutenant Mane), étalé entre l’est de Chasselay et la Saône, qui se fait hacher sur place et est totalement anéanti.

Chasselay et le château du Plantin. Les massacres du "Vide- Sac". 20 juin

En fin d’après-midi du mercredi 19 juin, le capitaine Gouzy rassemble les derniers éléments de sa compagnie sur le seul PA qui n’a pas été attaqué dans la journée, le N° 5 installé à Chasselay et sur ses hauteurs sud (château du Plantin). Selon les traditions des Troupes coloniales et à l’exemple de la bataille de Bazeilles, l’officier est bien décidé à résister jusqu’au dernier souffle.

Pendant toute la nuit du 19 au 20, les travaux d’organisation sont activement menés autour du château.

Le jeudi 20 sera la journée la plus tragique des combats de juin 40 en région lyonnaise. Au milieu de la matinée, une reconnaissance allemande partie des Chères est repoussée par la couverture du PA 5 au nord-est de Chasselay. Furieux, les Allemands constatent donc qui leur faut une nouvelle fois monter une véritable opération sur les Tirailleurs sénégalais de Chasselay comme ils l’ont fait la veille avec de lourdes pertes sur Montluzin et Lissieu, alors que Lyon à 20 km au sud est totalement occupé depuis la veille.

Le temps d’acheminer les moyens d’attaque et les appuis d’artillerie, cette opération ne peut être déclenchée avant 13 h 30. Attaquant conjointement depuis les Chères et Montluzin, les fantassins progressent lentement à travers les rues de Chasselay, fouillant toutes les maisons, mais ils ne débouchent sur aucune résistance, le village ayant été évacué pour éviter des représailles à la population. Le combat n’a lieu qu’autour du château, longtemps pilonné par l’artillerie avant l’assaut des fantassins ennemis mené après 15 heures. A 16 heures, submergés, leurs munitions épuisées, les survivants se rendent. Il ne reste plus que le capitaine Gouzy, deux officiers, deux sous-officiers, trois autres Européens et 51 Tirailleurs.

C’est ensuite que la barbarie nazie se déchaîne. Les prisonniers sont regroupés avec une sauvagerie incroyable. S’étant interposé, le capitaine reçoit une balle dans le genou tirée d’un Allemand plus excité que les autres. Il est évacué. Puis la colonne est formée pour prendre à pied la direction des Chères par la D 100, les Africains groupés à l’avant, à l’écart de ce qui reste de leurs camarades européens.

A mi-distance entre Chasselay et les Chères, au lieu dit "Vide-Sac", terrain dégagé en bordure de route, tous les Africains sont hachés à la mitrailleuse et au canon des chars. Les blindés écrasent de leurs chenilles les morts et les agonisants. Selon les témoignages d’habitants, le massacre a duré plusieurs minutes.

Autres lieux de massacres

Au cours de ces journées, tous les soldats africains découverts par les Allemands sont systématiquement exécutés.
C’est le cas des 27 Tirailleurs qu’ils découvrent dans une colonne de prisonniers, montée de Balmont ; dans le quartier de Vaise, Lyon-nord. Ils sont alignés contre un mur et fusillés immédiatement.

D’autres massacres ont lieu dans de nombreuses communes souvent éloignées des combats, par exemple, à Champagne-au-Mont-d’Or où 12 Tirailleurs sont exécutés, 18 à Lentilly, 13 à Eveux.

Au total, selon J. Marchiani, les Allemands auraient procédé à un minimum de 114 exécutions après combat.

III. Après la bataille

A). Le bilan

Il est très difficile de dresser un bilan exact des victimes des combats au nord de Lyon au cours des journées des 19 et 20 juin 1940. Pourtant, Henri Amoretti (voir Sources) en a dressé un inventaire précis, il est vrai, en confiant le plus grand nombre à la catégorie des "Disparus". Le voici (note 6, page 35) pour les deux bataillons du 25e RTS engagés dans la bataille :

Officiers : 4 tués, 4 blessés, 17 disparus.

Sous-officiers européens : 4 tués, 4 blessés, 102 disparus.

Sous-officiers indigènes : 2 tués, 2 blessés, 32 disparus.

Hommes de troupe européens : 8 tués, 4 blessés, 204 disparus.

Hommes de troupe indigènes : 104 tués, 37 blessés, 856 disparus.

Soit, au total 1384 pertes (122 tués, 51 blessés, 1 211 disparus) pour les deux bataillons dont l’effectif global ne dépassait pas 1 800 hommes. Ainsi, ces deux formations payèrent-elles un lourd tribut au combat "pour l’honneur", plus particulièrement le 1er Bataillon du commandant Alaury auquel il ne restait plus, toujours selon Amoretti, qu’une poignée de rescapés (3 officiers, 7 sous-officiers et 15 soldats).

Le faible nombre de blessés traduit la sauvagerie des réactions allemandes. Il confirme que les blessés ont été achevés pour la plupart. Quant au nombre des disparus, il peut paraître très élevé, mais de nombreux cadavres ont été incendiés ou sommairement ensevelis et n’ont pu être identifiés.

Les pertes allemandes ont été très élevées sans que l’on puisse en dresser la liste. Plusieurs dizaines d’officiers, plusieurs centaines de soldats ont été tués et les nombreuses évacuations sanitaires observées montrent que le nombre de blessés a été important. Ces pertes élevées expliquent, sans l’excuser, bien entendu, la sauvagerie de la vengeance allemande sur les troupes sénégalaises, coupables à la fois d’être "noires" et courageuses.

16 janvier 1941, le Général Frère, Gouverneur militaire de Lyon, décore Soeur Clotilde Supérieure du couvent de Montluzin de la Croix de Guerre. (Coll.M.S.M.Lyon) Devant le couvent de Montluzin "Décoré de la Croix de Guerre", a lieu la commémoration des combats des 19 et 20 juin 1940. Le Général Frère avec à sa droite le Lieutenant Morgenstein, adjoint du Lieutenant Pangaud, prisonnier. Ces deux derniers étaient à la tête de la 253ème batterie du 405ème RDCA dont certains serveurs furent exécutés après le cessez le feu d’une balle dans la tête.(Coll.M.S.M.Lyon)

CONCLUSION
Citons encore Amoretti. "C’est le plus tragique épisode de la guerre dans la région lyonnaise. Ni l’assaut contre le maquis du Vercors (*), ni le grand bombardement de Lyon (**)ne causèrent autant de morts.".(*Du 20 au 23 juillet 1944, 840 morts dont 200 civils. ** Le 26 mai 1944, par l’aviation américaine, 717 morts. Note d’auteur)

Exact. Et pourtant, ces combats désespérés de juin 1940, où se sacrifièrent en grand nombre des soldats venus de leur lointaine Afrique Noire, sont malheureusement peu connus, même si chaque année, le dimanche le plus proche des 19-20 juin, des cérémonies commémoratives sont renouvelées sur les lieux des combats, au Tata sénégalais et à Montluzin.

A Lyon, "Capitale de la Résistance", sont commémorés les actes de résistance contre l’occupant et pieusement conservés le souvenir de victimes de sa répression. C’est heureux qu’il en soit ainsi. Mais on semble oublier que le premier acte massif et généreux de résistance est venu des Tirailleurs du 25e RTS qui s’opposèrent à l’entrée des envahisseurs nazis en région lyonnaise, le 19 et 20 juin 1940.

Alors, un double vœu pour terminer ce bref récit sur ces deux journées tragiques. Qu’elles figurent dans le lot des grandes dates qui jalonnent l’histoire plus que bi-millénaire de Lyon et qu’elles soient enseignées à nos jeunes générations.

ANNEXES
I. Le 25ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais (Aucun insigne connu) Lors des combats des 19 et 20 juin 1940, le 25ème RTS était commandé par le colonel BOURIAND.

Il fut mis sur pied au camp de Souge près de Bordeaux le 16 avril 1940. Affecté à la 8ème DIC (Division d’infanterie coloniale), il était composé de trois bataillons, venant d’Afrique occidental et formés, le 1er à Tiaroye, le 2ème à Ouakam et le 3ème à Ségou. 
Lors de la transformation de la Division en 8ème Division légère d’infanterie coloniale, le 25ème RTS fut placé en réserve de l’Armée des Alpes à Valence.

II. Le Régiment Grossdeutschland en France (campagne de 1940) Le Régiment Grossdeutschland Au lendemain de la 1ère Guerre mondiale, les autorités allemandes peuvent disposer à Berlin d’une force militaire permanente dans le cadre d’une armée réduite à 100 000 hommes par les accords d’armistice. Un Wach Regiment Berlin est ainsi formé en 1921, dont les fonctions vont de la sécurité aux tâches de garnison et de cérémonial. Après l’avènement de Hitler en 1933, ce régiment est progressivement transformé pour devenir une unité de prestige, à la fois pour la garde du Führer et pour le combat moderne d’infanterie et il est composé de formations issues de l’ensemble de l’Allemagne et pas seulement de la région berlinoise. D’où, l’appellation « Infanterie Regiment Grossdeutschland » (en abrégé, I.R.GD ou GD) qui lui est donnée le 12 avril 1939. En septembre 1939, le GD participe à la campagne de Pologne. Le 10 mai 1940, il est à la pointe de l’attaque allemande dans le cadre du Corps blindé Guderian, traverse le Luxembourg, pénètre en France par le sud de la Belgique, atteint Sedan (13 mai) puis Stonne (15 mai). Il remonte ensuite par Saint-Quentin pour être engagé au sud de Dunkerque (24 mai). Le 4 juin, il est transféré à Amiens, est engagé en poursuite sur l’Oise (11 juin), puis sur la Seine supérieure (15 juin).

I.R.GD ou « Infanterie Regiment Grossdeutschland »

A partir du 16 juin, rattaché à la 10ème Panzer Division, elle-même appartenant au XIVème Corps d’armée sous les ordres du groupement blindé Kleist, il participe aux opérations vers les Alpes et le sud de la France et reçoit mission de s’emparer du complexe industriel du Creusot qu’il atteint le 17, cependant qu’un de ses bataillons parvient à Macon. Le lendemain, 18 juin, il poursuit par la N 6 et atteint Villefranche-sur-Saône le soir.

Ayant reçu la mission noble de pénétrer le lendemain dans Lyon déclaré ville ouverte, le GD se heurte aux défenses de Montluzin (sud des Chères) à 9 h 30, qu’il contourne par l’est et la vallée de la Saône. Dans l’après-midi, il entre dans Lyon par la Croix Rousse et atteint la préfecture, rive gauche, vers 16 heures.

Grossdeutschland restera à Lyon et ses banlieues qu’il aura la mission de tenir pendant toute la 1ère occupation de la ville jusqu’au repli de la Wehrmacht au nord de la ligne de démarcation, le 4 juillet 1940. Il sera ensuite transféré à Paris où il séjournera, bénéficiant ainsi du prestige venu de la grâce hitlérienne et d’une gloire fraîchement acquise.

A la fin octobre 1940, il sera regroupé au camp du Valdahon (près de la frontière suisse) où il sera transformé et reprendra son entraînement. En avril, il quittera la France pour la campagne des Balkans puis celle de Russie.

Les structures du 1.R.GD en juin 1940. Régiment entièrement motorisé à trois bataillons d’infanterie ayant chacun trois compagnies d’infanterie et une compagnie d’appui, et un quatrième bataillon de moyens lourds à quatre compagnies spécialisées (canon d’infanterie de 75 m/m, canons d’infanterie de 150 m/m, canons antichars de 37 m/m, chars obusiers de 75 m/m) Au total 16 compagnies. Tout au long de la campagne de France, ce régiment a bénéficié des nombreux appuis en artillerie et en génie de ses divisions de rattachement.

BIBLIOGRAPHIE - SOURCES

ALAURY (Chef de bataillon, commandant le I/25e RTS), Rapport sur les combats du 19 au 20 juin 194O.

AMORETTI (Henri), Lyon capitale, 1940-1944, Paris, France-Empire, 1974.

GOUZY (Capitaine, commandant le sous-quartier Ouest du I/25 RTS), Rapport sur les combats des 19 et 20 juin 1940 au nord de Lyon.

MARCHIANI (Jean). Secrétaire général de l’Office départemental du Rhône des Mutilés, Combattants, Victimes de guerre et Pupilles de la Nation, Rapport sur le regroupement des corps des officiers, sous-officiers et soldats tués à l’ennemi lors de l’avance des forces allemandes, le 19 juin 1940 (25 août 1940)

MARCHIANI (Jean), Rapport sur le "TATA" Sénégalais de Chasselay (9 avril 1948).

PONCET (Jean), Les combats de Chasselay Montluzin et dans l’Ouest lyonnais, les 19 et 20 juin 1940.

REQUIER (Marcel), adjudant à la 3ème Compagnie du 25e RTS), Compte-rendu relatant les événements dont il a été le témoin au cours des combats du 19 juin 1940 et par la suite. (12 juillet 1940)

Archives des communes de Chasselay, Limonest, Les Chères, Marcilly-d’Azergues, Lissieu, Civrieux-d’Azergues, l’Arbresle, Récits divers de témoins civils de juin 1940.

Musée du Souvenir militaire. Tenue du lieutenant Pangaud, fanion de la 253ème batterie du 405ème RADCA (inscription Montluzin 19 juin 1940), photos.

Militärchiv im BUNDESARCHIV, Freiburg, Allemagne.

Service Historique de l’Armée de Terre (S.H.A.T.), Journaux de Marche et Opérations (J.M.O.) des 25ème RTS et 405ème RADCA.

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